L’enquête ENJEU-Mineurs 2025 dresse un constat préoccupant : la prévalence des JAH chez les 15-17 ans bondit de 34,8% à 42,6% en quatre ans, une progression statistiquement significative qui touche l’ensemble des profils démographiques. Les garçons enregistrent une hausse plus marquée, passant de 36,1% à 45,5%, tandis que chez les filles elle grimpe de 33,4% à 39,6% ; les 15 ans sont particulièrement touchés avec 42,9% contre 33,0% en 2021. Cette banalisation s’explique par l’expansion de l’offre légale et illégale, amplifiée par une digitalisation galopante et des campagnes promotionnelles ciblant souvent les jeunes, dans un contexte où les conséquences psychologiques, sociales et financières pèsent lourd sur cette population vulnérable.
Explosion des jeux phares et intensité accrue
Les jeux de grattage dominent cette montée en puissance, pratiqués par 34,3% des adolescents contre 27,3% en 2021, suivis des jeux de tirage (20,0% vs 16,9%) et des paris sportifs (11,4% vs 9,9%), tandis que d’autres formes comme les machines sous, le poker ou les paris e-sport reculent légèrement. L’intensité des pratiques s’aggrave : 12,1% des jeunes jouent désormais au moins une fois par semaine (contre 8,9%), et la dépense médiane pour le jeu préféré passe de 6 à 10 euros par session, avec 19,7% des joueurs dépassant 20 euros – une hausse de 5,1 points pour les mises élevées. Malgré cela, la part des joueurs excessifs (mesurée par l’Indice canadien du jeu excessif) diminue à 5,4% contre 7,6%, grâce à une moindre multi-activité et un recours préférentiel aux points de vente physiques (37,1% des pratiques).
Accès facilités : le rôle clé de la famille et des circuits physiques
L’accessibilité des JAH reste le point faible majeur, avec 65% des joueurs passant par leurs parents ou famille en points de vente pour grattage, tirage ou paris hippiques – un recours massif chez les filles (67,5%) et les 15 ans (67,9%). En ligne, 36,9% utilisent le compte parental avec accord (contre 23,6% en 2021), 26,4% en créent un avec aide familiale, et 14% sans permission, contournant les vérifications strictes (pièce d’identité, IBAN nominatif, justificatif de domicile). Près de 40% achètent en points de vente proches des écoles ou fréquentés par les parents, soulignant une porosité structurelle du réseau physique, bien plus prisé que l’online exclusif (22,2% vs 5,5%).
Réaction ferme de l’AFJEL
Dans un communiqué du 18 février 2026, l’AFJEL rappelle sa politique de « tolérance zéro » pour les mineurs sur le marché agréé, saluant le contrôle « exigeant » du digital légal – structurellement inaccessible sans fraude adulte – tout en déplorant la complicité parentale. L’association pointe le « Far West numérique » du marché illégal, qui compte 5,4 millions de joueurs (+35% en deux ans selon l’étude ANJ-PwC), sans vérification d’âge ni traçabilité, et cible massivement les mineurs via publicités sur réseaux sociaux. Elle appelle les pouvoirs publics à intensifier la sensibilisation parentale, accélérer les fermetures de sites illégaux, réguler l’e-sport et les casinos, et distinguer clairement légal et illégal dans les études sanitaires.
Exposition publicitaire et attitudes négatives persistantes
L’exposition aux publicités JAH frappe 78,8% des 15-17 ans (85,1% des joueurs), via médias traditionnels (50,2%), réseaux sociaux (43,8%) et influenceurs (30,1%), malgré une légère érosion. À l’inverse, 63,6% ont vu des messages de prévention (73,6% des joueurs), favorisant une attitude majoritairement négative : 67,4% perçoivent le jeu comme « une drogue » destructrice de la vie familiale, une vision plus affirmée chez les filles (70,2%) et non-joueurs (75,6%).
Ces chiffres interrogent profondément le sport business : la hausse des paris sportifs chez les mineurs (+1,5 point) met en lumière les risques d’une offre hyper-accessible, où sponsoring massif, activations événementielles et partenariats avec influenceurs flirtent avec l’éthique, dans un secteur générant des milliards via droits TV et billetterie. L’ANJ et l’ARPEJ plaident pour des contrôles renforcés en points de vente, une limitation des parcours joueurs et une réduction de l’exposition médiatique, alors que la famille facilite plus qu’elle ne protège. Pour Sport Stratégies, cette double actualité appelle une régulation proactive, protégeant les jeunes sans asphyxier un écosystème économique vital.
Alain Jouve
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