Le BAYMAN a trouvé sa vitesse de croisière

Il y a quelques années, le BAYMAN comptait « autour de 250 participants ». Ils étaient quatre cents sur la ligne de départ du XXL le week end dernier, et la jauge a été atteinte. Ajoutez les autres formats, et l’ensemble du week-end affichait complet : 2 026 participants au total. « Les listes d’attente confirment en tout cas le très fort engouement autour du BAYMAN », sourit Arnaud Joly, qui mesure surtout ce que ce succès raconte de la discipline.

Un public qui s’est élargi

Le premier enseignement tient à qui se présente au départ. « Le triathlon longue distance attire aujourd’hui un public de plus en plus large. On retrouve bien sûr les triathlètes habitués à la compétition, mais aussi beaucoup de pratiquants qui se fixent un défi personnel et cherchent un objectif capable de donner du sens à plusieurs mois de préparation. »

Arnaud Joly
Arnaud Joly

Le format L, en forte croissance, joue les antichambres : « il demande déjà un véritable engagement, mais reste plus accessible dans sa préparation ». Pour beaucoup, c’est « une porte d’entrée vers le longue distance avant, parfois, de se tourner vers le XXL ». Résultat : « une pratique qui se démocratise, avec des profils et des motivations de plus en plus variés ».

L’internationalisation accompagne le mouvement. « Un quart des participants du XXL viennent aujourd’hui de l’étranger », observe le directeur de l’épreuve. Le longue distance est devenu « une pratique pour laquelle les athlètes sont prêts à voyager et à choisir une course autant pour le défi sportif que pour la destination ».

Des files d’attente qui en disent long

La popularité du BAYMAN se mesure aussi à ceux qu’elle laisse dehors. « Oui la demande est croissante », confirme Arnaud Joly, qui cite une liste d’attente montée « jusqu’à 1 400 » sur le format M. Un engouement que l’organisation ne peut pas absorber indéfiniment : « nous restons limités en matière d’accueil avec 2000 participants sur l’ensemble du week-end ».

Cette rareté, l’organisateur ne la subit pas seulement — il la retourne en argument d’expérience. Les listes d’attente créent « une certaine émulation » pour les participants équi mesurent la chance qu’ils ont d’évoluer sur ce site unique ».

Un écosystème bien au-delà de la ligne d’arrivée

Autour du pratiquant, l’économie s’est structurée. « Le triathlon longue distance s’est énormément structuré ces dernières années et tout un écosystème s’est développé. » La nutrition sportive d’abord, « avec de plus en plus de produits conçus spécifiquement pour des efforts de plusieurs heures ». Le coaching ensuite, car « préparer un longue distance ne consiste pas simplement à accumuler des heures d’entraînement : il faut gérer la récupération, la nutrition et organiser plusieurs mois de préparation autour d’un objectif ». L’équipement enfin — « le vélo, le textile, les combinaisons, les accessoires, mais aussi toutes les technologies liées à l’entraînement et au suivi de la performance ».

L’impact économique dépasse largement l’univers sportif. Sur le BAYMAN, « les athlètes viennent souvent accompagnés et restent plusieurs jours. Ils se logent, se restaurent et profitent aussi de leur présence pour découvrir le territoire. » À tel point que, « dès les premières éditions, plusieurs hôteliers et restaurateurs ont décalé leur fermeture saisonnière pour pouvoir accueillir les athlètes et leurs accompagnants ». La démonstration, pour l’organisateur, « de la manière dont une épreuve sportive peut créer de l’activité bien au-delà du seul week-end de course ».

La difficulté comme argument

Pourquoi un tel engouement pour une épreuve qui exige tant ? La réponse tient en une phrase : « Je pense que le XXL séduit justement parce qu’il est difficile. » Une course « que l’on ne décide pas de faire quelques semaines à l’avance », qui « demande plusieurs mois d’entraînement, beaucoup d’organisation et forcément des choix dans sa vie quotidienne ».

Le moteur n’est pourtant pas le chronomètre. « L’objectif n’est d’ailleurs pas uniquement de réaliser un temps ou d’obtenir un classement. C’est avant tout un défi que l’on se lance à soi-même : être capable de préparer cette distance, de prendre le départ et surtout d’aller jusqu’au bout. » Le jour de course « représente finalement l’aboutissement de tout ce travail », rappelle Arnaud Joly : « derrière une ligne d’arrivée, il y a parfois six mois, neuf mois ou même un an de préparation ».

« La performance sportive compte, bien sûr, mais elle est souvent accompagnée de quelque chose de beaucoup plus personnel : le sentiment d’avoir tenu son engagement, traversé les moments de doute et réussi ce que l’on s’était fixé. »

Le Mont, non comme décor mais comme expérience

Reste le cadre. Et là, l’organisateur se montre catégorique :  « le territoire et l’expérience proposée autour de la course ne sont plus des accessoires. Ils sont devenus essentiels. » Il poursuit. « Lorsqu’un athlète choisit une épreuve, il ne regarde plus uniquement la distance ou le profil du parcours. Il regarde aussi ce qu’il va vivre pendant son week-end de course. C’est précisément ce que nous essayons de construire avec le BAYMAN. »

Le parcours est d’ailleurs pensé comme une succession de moments. « Dès la natation, les athlètes évoluent face au Mont Saint-Michel, dans un environnement où cette pratique n’est possible qu’à l’occasion de l’événement. » Le vélo « les emmène ensuite à travers les territoires bretons et normands, avec notamment le télégraphe de Chappe, la côte de Roz-sur-Couesnon et plusieurs points de vue sur le Mont ». La course à pied, elle, « entre directement dans le Mont », avec « une ascension jusqu’au pied de l’abbaye, avec des passages à 15 %, avant de terminer leur course sur le barrage ».

« Ce sont ces moments qui construisent l’identité d’une épreuve. » Avec une ambition assumée : que « plusieurs années plus tard, un participant puisse encore se souvenir très précisément de certains passages, de ce qu’il a vu et surtout de ce qu’il a ressenti ». La formule est belle, et il l’assume : « Le chrono finira peut-être par être oublié. Ces images et ces émotions, beaucoup moins. » Le territoire, dès lors, « n’est pas simplement le décor du BAYMAN : il fait partie de l’expérience ».

De l’épreuve à la marque

Cinq éditions plus tard, la question n’est plus de savoir si le BAYMAN compte dans le calendrier, mais ce qu’il devient. « Notre ambition est clairement de construire progressivement une véritable marque BAYMAN, tout en conservant l’ADN avec lequel l’événement est né. »

« Ce qui nous intéresse, ce n’est pas seulement de créer une course. C’est de construire une expérience complète, avec un niveau d’organisation très exigeant, tout en restant accessible et proche des athlètes. » Un projet qui repose sur un collectif selon Arnaud Joly. « Les collectivités et les acteurs du territoire, l’EPMSM, les communes traversées, les Départements, mais aussi nos partenaires, les associations, les clubs et les centaines de bénévoles permettent à l’événement d’exister et de progresser chaque année ».

Il ajoute : « Nous avons également la chance de travailler avec des partenaires qui nous accompagnent sur des sujets très différents : la nutrition, les services aux athlètes, la logistique ou encore l’accueil. Cette capacité à fédérer des acteurs autour d’un même projet fait partie, pour moi, de la construction de la marque BAYMAN. »

La suite ? « Continuer à progresser sur la qualité de l’organisation, les parcours, les services proposés, notre démarche RSE et tous les détails qui font l’expérience d’un athlète avant, pendant et après la course. » Et, un jour, ailleurs, « nous pouvons imaginer faire vivre cet ADN BAYMAN dans d’autres lieux remarquables. Mais l’idée restera la même : construire des événements qui ont une vraie identité et qui s’intègrent pleinement dans les territoires qui les accueillent. »

 

AJ

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